~ Noël en Alsace ~

De tous les Noël que j’ai vécus, les souvenirs sont presque les mêmes. Bien sûr, mes réveillons ont changé avec l’âge. Et bien sûr, maintenant, je vis des Noël d’adulte, en regardant les plus jeunes ouvrir des paquets presque plus grands qu’eux. Oh, je suis encore bien gâtée, mais désormais, je suis presque plus heureuse de voir les étoiles dans les yeux des gamins que de recevoir moi-même des petites choses bien emballées.

Mais maintenant, je vis des Noël d’adulte. C’est facile à reconnaître un Noël d’adulte : vous ne vous levez plus de table dès l’entrée avalée pour découvrir vos nouveaux jouets. Non, maintenant, vous avez (ou presque) droit à une opinion, et à la défendre. On s’étonne même parfois que vous ayiez des arguments à placer. Mais les Noël d’adulte, c’est aussi prendre les photos, et s’amuser de trouver la fierté dans les yeux des mamans quand leurs enfants entonnent Mon Beau Sapin, ou jouent un morceau de musique. S’amuser des grosses bêtises des messieurs qui trouvent invariablement matière à déconnade dans la remise des cadeaux. Et trouver la peur dans les yeux de la plus petite quand elle regarde ce gros bonhomme rouge.

Quand j’étais petite, il n’y avait pas encore de gros bonhomme rouge. Les 24 au soir passait (et je m’en rappelle très vivement), le ChristKind. Littéralement en allemand, l’enfant-Christ, le ChristKind était une jeune fille toute vêtue de blanc,de tulle et de doré (visage caché, c’était souvent une voisine ou une amie, plus tard, quand j’avais trop grandi pour encore y croire, ça a même été moi), qui venait demander aux enfants d’une voix très haut perchée si on avait bien travaillé, si on avait été sage avec la maîtresse, et avec nos parents. Moi, qui ai été une petite fille très sage (si, si !), je disais oui, et heureusement, elle me croyait ! Sinon, j’aurais eu affaire à Hans Trapp, le père fouettard, un bonhomme tout vêtu de noir, avec un martinet en branchages.

Et puis, le Père Noël est aussi arrivé. Je crois que notre dernière année de ChristKind, c’est moi qui l’ai été. Ma sœur avait reconnu ma voix, étayant définitivement sa thèse de « le Christkind, ça n’existe pas ! » Mais je me rappelle encore bien des grands yeux de Franck, le plus petit (à l’époque, en tout cas dans mes souvenirs). J’ai donc laissé la place (avec une grande joie), à un gros bonhomme rouge. Et je suis imperceptiblement passée d’un côté à l’autre de Noël. Du salon à la salle à manger.

Quand Miss Lulu m’a demandé de lui décrire mes traditions de Noël, c’est avant tout ces soirées du 24 qui sont revenues. Parce que j’aime énormément les réunions de famille (il faut dire que j’ai la chance d’avoir une famille formidable). Et puis je me suis rappelée aussi que chez nous, Noël commençait bien avant. En Alsace, Noël est une vraie fête, qui commence avec l’Avent. Le premier dimanche, nous faisions la couronne de l’Avent, dont nous allumions les quatre bougies chaque dimanche précédent Noël. Puis venait la St Nicolas, où nous recevions du chocolat, bien sûr, mais aussi des petits cadeaux. Et je ne parle même pas du calendrier de l’Avent que maman nous avait cousu à Lucile et moi, 24 petits sachets chacun rempli d’une friandise. Je me rappelle vivement d’un 23 au soir, je devais avoir… 8 ou 9 ans, et j’étais restée réveillée jusqu’à minuit (c’est tard à cet âge !), les yeux fixant le plafond, pour pouvoir me dire « c’est Noël ! », et m’endormir enfin, apaisée. Je ne crois pas que quiconque sache ça ;)

Je sais que j’offrirai à mes enfants toutes les chances de se rappeler d’aussi beaux souvenirs de Noël. Je leur transmettrai toutes ces petites traditions qui font partie de moi. Je prendrai une aiguille, du mieux que je pourrai, pour faire un calendrier de l’Avent. On mettra une carotte sur le rebord de la fenêtre et les souliers dans l’entrée pour le passage du St Nicolas (et de son âne, c’est pour lui la carotte). On décorera ensemble le sapin. Et le soir du 24, je ferai venir un Christkind ou un papa noël, et ils chanteront leurs chansons, en rang d’oignon et intimidés, impatients d’entendre leur nom, suivi d’un grand paquet emballé de papier brillant.

En fait, de tous les Noël que j’ai vécus, aucun n’est pareil. Et de tous les Noëls que j’ai vécus, sans doute aucun n’est aussi bon que celui qui suivra.

Ah oui ! Un cadeau pour Miss Lulu. Elle m’a demandé une recette, en plus de ces traditions.

En Alsace, Noël ne vient pas sans les Winachtsbredle, les petits gâteaux de Noël. Mes grands-mères, ma maman et mes tantes, en produisaient des quantités industrielles (surtout les grands-mères, surtout à l’époque, maintenant moins). Il y en avait de plusieurs sortes. Les Schwowebredle, biscuits à la cannelle découpés avec des emporte-pièce en forme d’étoile, de sapin, etc. remportaient les suffrages des enfants qui participaient à la préparation (recette chez une blogoconsoeur). Moi, j’ai toujours bien aimé les Spritzbredle, des biscuits qu’on fait en poussant et qui ont l’air d’une éclaboussure (spritz). En faisant les formes, on s’amuse à en faire des lettres pour nos prénoms, comme ce que j’ai fait pour le prénom de notre Lulu. Je vous livre ici ma recette préférée, celle de ma grand-mère, qui la tient de son amie Mathilde, qui elle-même la tient d’un chef alsacien, M. Schadt, de Blaesheim. J’ai un poil modifié les ingrédients. Je m’arrête là pour les références, et vous donne les quantités nécessaires pour en remplir une boîte. Il vous faudra un instrument spécial, et si vous n’en avez pas, tant pis pour vous ! C’est mon souvenir !

Pour la petite histoire, j’ai fait ma toute première fournée de Winachtsbredle ce soir, comme une grande, juste pour Miss Lulu. Merci Lucie, tu seras toujours dans mes souvenirs de Noël.

Spritzbredle

1/2 œuf battu
125g de sucre (mi-roux, mi-blanc)
150 de beurre (mi-salé, mi-doux)
100g de poudre d’amandes
125g de maïzena
125g de farine

Recette excessivement simple. Mélanger tous les ingrédients. Mettez la pâte dans le bidule à presser les biscuits. Faites en des gros vermicelles sur une plaque recouverte d’un papier cuisson. Au four jusqu’à ce que les biscuits soient dorés. Laissez refroidir une demie-seconde au sortir du four.

Dégustation avec un café, un thé, ou pour faire comme dans mes souvenirs : un grand verre de lait bien frais !

Texte et photos offerts par SaraK de Ma cuisine Čtudiante

 

Dix
Voici un ver à dix pieds pour ce dix !

Fred

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l'image de la date a été crée par Cali

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