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| ~ Le réveillon de Piboule ~ Il y avait une fois, à Montolivet près de Marseille, un propriétaire du nom de Piboule. C’était un propriétaire si minable qu’il ne trouvait pas tous les matins de quoi se mettre sous la dent. Quelquefois, on lui faisait la charité d’un quignon de pain, d’un poignée d’oignons, ou même d’un sou ou deux. Mais quelquefois aussi il se passait bien des jours sans qu’on lui offre un sou, ou un oignon, ou même un quignon de pain. Le plus triste de l’affaire, c’est que personne ne voulait lui donner du travail, parce qu’il n’avait guère de forces. Piboule était tout de même propriétaire… Il possédait les quatre murs d’une masure, avec un lopin de terre où rien ne poussait, si ce n’est peut-être simplement quelques touffes de ronces et un saule pleureur. Une année, le vent emporta un pan de la cheminée. Une autre année, la pluie pourrit le plancher. Chaque fois aussi s’enlevait quelque chose au propriétaire lui-même : tantôt un peu de ses cheveux, tantôt une dent… Bientôt Piboule eut le devant de la tête presque chauve, et plus de dents du tout. Il demandait seulement au Bon Dieu de le laisser dans sa propriété de Montolivet. - Je n’y suis pas mal, disait-il en prières. Je manque parfois du nécessaire, mais quand il y a moins de tuiles, j’ai davantage de soleil, l’été, plus d’air et plus d’eau aussi, si j’en ai besoin. J’ai aussi mon fusil ; je ne m’en sers pas, parce que la poudre est trop chère, mais ça me rassure de l’avoir. J’ai perdu toutes mes dents, mais voyez comme tout s’arrange bien : je n’ai presque rien à manger. Ce 20 décembre-là, le vent souffla tant dans sa bicoque que, pour se mettre à l’abri, il fut obligé de se réfugier dehors, et de vagabonder dans les champs incultes. Il y fit la rencontre de chasseurs qui venaient de Marseille. -« Il y a donc du gibier, cette année ? »
C’est qu’il s’en sentait le courage,
Piboule ! Il retourna à la maison, décrocha le fusil. L’arme
était en bon état, car Piboule la soignait bien. Il lui
manquait seulement une bonne charge de poudre et de gros plombs. Piboule
prit les quinze sous qu’il avait mis en réserve pour s’acheter
quelques pommes de terre à cuire sous la cendre pour le réveillon
de Noël. Tant pis, il se passerait de pommes de terre. Il dépensa
tous ses sous en munitions. Puis il mangea un oignon pour se donner des
forces, et s’en alla chasser l’ours : Piboule ne rencontra pas l’animal. Il mit quatre jours à le chercher. Quand il retourna chez lui, il se sentait tellement fatigué qu’il n’avait même pas le courage de manger le seul oignon qui lui restait.Il le garda en vue du prochain repas… Le prochain repas, c’était pour tous le réveillon de Noël. Aussi, dès la nuit tombée, mangea-t-il son oignon ce soir-là avec d’autant plus de plaisir. Puis il se mit à genoux et pria. Il avait la voix bien faible et il pouvait à peine remuer les lèvres, mais sûrement le Bon Dieu l’entendait : -« J’ai fini mon oignon, Seigneur. Si j’avais pu tuer l’ours, j’aurais gagné cent écus, et je me serais payé des pommes de terre et des oignons pour le reste de ma vie. Je n’ai pas tué l’ours, parce que je ne l’ai pas vu. J’avais mis toute ma fortune dans mon fusil. Il faudrait maintenant un miracle, ou je vais mourir de faim. J’aimerais mieux un miracle. Mon Dieu, voulez-vous en faire un pour moi ? Si je vous demandais d’envoyer l’ours dans ma demeure, afin que je le tue, trouveriez-vous que j’exagère ? Enfin, je vous laisse juge… Mais comme aujourd’hui c’est la veille de Noël, je vais mettre mes sabots dans la cheminée. Peut-être que vous y déposerez quelque chose, à défaut d’un ours. Je vous en remercie, mon Dieu ! » Piboule plaça ses vieux sabots minables dans la
cheminée, et, avant de se coucher, il alla décrocher son
fusil et l’appuya contre son chevet. Puis il s’endormit. Or, l’ours rôdait par là… L’ours ! Pour la première fois de sa vie, Piboule se rendormit
satisfait et le ventre plein. Un vrai ventre de propriétaire :
quel réveillon ! Maguelonne Toussaint-Samat, envoyé par mon pôpa et ma môman
Histoire de mon enfance, plus très "politically correct" ... un peu comme Tintin au Congo, mais ça n'en reste pas moins des bons souvenirs. Je me souviens d'avoir souffert pour le pauvre Piboule, et pour l'ours aussi. Et vous, quelles étaient les histoires de Noël de votre enfance? |
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Onze |
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l'image de la date a été crée par Cali