Et comme Noël est la fête des enfants, ce très ancien conte populaire portugais...

 

~ LA MAURESQUE ENCHANTÉE ~

Un homme qui voyageait par les chemins arriva à une terre inconnue et demanda abri ; mais personne ne voulut l’accueillir ; il y avait bien là une riche demeure, mais la famille s’en était absentée ; la peur y rôdait et les gens s’étaient enfuis ; l’homme y alla et s’assit sous la véranda jusqu’au soir; une fois la nuit tombée, une main lumineuse lui fit signe d’entrer ; il entra et trouva une table fort bien arrangée et couverte de mets ; il mangea et, son repas terminé, il s’inclina contre le bras du fauteuil et s’endormit. Pendant qu’il dormait, on lui ôta du doigt l’anneau d’or qu’il portait, le remplaçant par un autre. Quand il s’éveilla, la main lui fit de nouveau signe et lui indiqua une chambre dans laquelle il entra. Il remarqua que son anneau avait été changé. Alors qu’il se trouvait dans le lit, il sentit comme le mouvement d’une personne voulant se coucher avec lui, mais ne voyant rien, il dit : «J’aimerais savoir qui se veut coucher avec moi, homme ou femme.» Il lui fut répondu : «Je suis femme ; une Mauresque envoûtée en ce lieu depuis de nombreuses années ; si tu me désenvoûtes, tu seras riche pour le reste de ta vie. Tu devras rester ici trois nuits, on viendra près de toi, on te fera tomber du lit et l’on te dira : ‘Justice, qui t’as amenée ici’ et on te trainera de par les maisons et l’on te battra ; mais toi, à la fin de chaque fois que cela t’arrivera, tu te mettras sous ce lit ; tu y trouveras trois bouteilles, bois une goutte de chacune et le lendemain tu t’en trouveras guéri. Si tu restes ces trois jours, ces trois petits sacs d’or seront à toi ; tu pourras les dépenser à ta guise, car à chaque fois que tu diras : ‘Pauvre de moi, je n’ai plus d’argent’, les bourses se rempliront de nouveau. Mon père était vice-roi du pays des Maures.»

 

 

L’homme resta trois jours, et au bout des trois jours, où tout s’était passé comme l’avait prédit la Mauresque, il attendit le déjeuner, qui ne vint pas et, voyant que le dîner ne venait pas non plus, il décida de s’en aller. Il partit marchant et, en chemin, il achetait des terres qu’il donnait ensuite aux pauvres ; il finit par arriver au pays des Maures. Il y acheta un manoir ; entretemps, la Mauresque était sur le point de se marier. La Mauresque dit à son père :«Père, il serait bon d’inviter le gentilhomme qui a acheté le manoir à venir aider à l’organisation de mes noces.»

On l’invita donc à confectionner les plats pour la table des commenseaux. Par hasard, il regarda les mains de la Mauresque et y reconnut l’anneau qu’on lui avait échangé dans le palais enchanté. Alors, à chaque fois qu’il le put, il fit des signes à la princesse, étendant sa main de sorte à ce qu’elle vit l’anneau qu’il portait. Dès qu’elle reconnut la bague, elle dit :

«Père, je veux dire quelque chose ; que tous ces messieurs m’y autorisent ; j’ai perdu les clés de la vitrine, alors, j’en ai fait faire des neuves ; puis j’ai retrouvé les vieilles clés ; j’aimerais que l’on me dise lesquelles je dois utiliser, des neuves ou des vieilles.» Son père lui répondit : «Ma fille, tu dois utiliser les vieilles ; puisque tu les connais mieux, tu dois pouvoir t’en servir même dans l’obscurité.» «Certes, mon père, je vais alors me marier avec ce monsieur qui s’est donné la peine de me désenvoûter.»

Elle se maria avec l’homme et le fiancé éconduit s’en alla.

 

 

Les Noëls de mon enfance étaient parisiens, et pourtant, indubitablement portugais. Notre famille vivait au Portugal, alors nous passions les fêtes avec nos voisins et amis, une autre famille de déracinés comme nous, originaires du Minho, une région pleine de traditions située au nord-ouest du Portugal, au-dessus de Porto. Les traditions du Noël du Minho ont d’ailleurs déteint sur le reste du Portugal. Le repas typique – dans le temps, il était constitué de plats que l’on laissait au four, puis que l’on dégustait au retour de la Messe de Minuit (Missa do Galo) – est composé de deux plats au moins, dont l’un obligatoirement à base de morue, et d’une foule de desserts traditionnels aux oeufs. Il est clos par le café, accompagné de bolo-rei (gâteau des rois) et de vieux porto. On retrouve le bolo-rei sur les tables portugaises entre la Toussaint et l’Epiphanie, où il est aussi bien consommé au petit-déjeuner, comme au goûter ou en dessert. Les origines de ce gâteau aux fruits secs et confits, ressemblant à une couronne ornée de joyaux, sont françaises, même si la recette a un peu évolué depuis le XVIIe siècle, date de son introduction au Portugal. Deux recettes traditionnelles du Noël portugais :

MORUE À LA MODE DU MINHO

 

 

Ingrédients pour 4 personnes
- 1 kg de pommes de terre
- sel
- 4 tranches de morue dessalée
- 50 g de farine
- huile d’olive
- 2 oignons coupés en fines rondelles
- 2 gousses d’ail hachées
- 1 cuillère à soupe de vinaigre
- 1 petit bouquet de persil plat
- quelques olives noires

Préparation:

Cuire les pommes de terre avec la peau dans de l’eau bouillante salée, pendant 35 minutes environ. Pendant ce temps, couper les tranches de morue en deux et les ébouillanter pendant 2 minutes. Égoutter la morue et la passer dans la farine. Faire dorer des deux côtés dans de l’huile d’olive et égoutter sur du papier absorbant.

Égoutter les pommes de terre et les peler. Couper en rondelles. Faire dorer les rondelles dans l’huile d’olive ayant servi à la morue. Ajouter les rondelles d’oignon et l’ail haché. Laisser prendre un peu de couleur et réserver.

Transférer les tranches de morue et les rondelles de pomme de terre dans un plat à four. Verser les oignons, l’ail et l’huile d’olive de la préparation antérieure dessus. Enfourner pendant 30 minutes, à 180†C. Juste avant de servir, asperger le plat avec le vinaigre. Décorer avec des brins de persil et quelques olives.

 

BOLO-REI

 

 

Ingrédients pour 6-8 personnes
- 300 g de beurre
- 375 g de sucre
- 6 oeufs
- 550 g de farine
- 1 cuillère à soupe de levure chimique
- 1 zeste de citron finement râpé
- 1 dl de lait
- 80 g de raisin sec épépiné
- 150 g de cerneaux de noix concassés
- 100 g d’amandes effilées
- 200 g de fruits confits variés coupés en lanières
- cerises au sirop
- gelée de coings (ou miel liquide)

Préparation:

Bien battre le beurre et le sucre, à température ambiante, jusqu’à ne plus sentir le grain du sucre. Incorporer les oeufs, un à un, et continuer de bien mélanger.

Tamiser la farine avec la levure. Incorporer à la préparation, ainsi que le zeste râpé. Ajouter le lait et les fruits secs. Pétrir la pâte avec les mains.

Beurrer un moule rond à cheminée (de 27 cm de diamètre, environ). Saupoudrer avec un peu de farine. Verser la pâte dans le moule. Disposer les fruits confits et quelques cerises au sirop à la surface. Cuire au four, à 180†C, pendant 1 heure.

Retirer le gâteau du four. Laisser refroidir et démouler. Badigeonner avec de la gelée de coings pour le rendre brillant. Servir avec un vieux vin de Porto.

 

Le poète Fernando Pessoa, peint par son ami Almada-Negreiros (Fondation Calouste Gulbenkian)
Décorations de Noël à Ponta Delgada, île de São Miguel (Açores) – Photo du site 1000 Imagens (http://www.thousandimages.com/)
Affiche publicitaire ancienne pour le porto Ramos-Pinto (site Ramos-Pinto)
Ph. du bolo-rei
Ph. de la morue à la mode du Minho
Fenêtre, Praia do Ribatejo. Site 1000 Imagens (http://www.thousandimages.com/)
Orientale, tableau de Jalabert

 

 

textes et photos et images offerts par Elvira

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