ven 27 août 2004
Boit-sans-soif! Bougre de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson! Tonnerre de Brest! Crétin des Alpes! Marins d’eau douce! Mille millions de mille sabords! Moules à gaufres! Bachi-bouzouks! Ah, les doux mots qui ont bercé mon enfance!
Nous, jojo, anaïs, lenils, et moi, on avait inventé « Néo-crétin des pré-Alpes, » et « Fer à bricelets, » le moule à gauffres suisse… Et mon père a toujours dit « Bon voyage petit sparadrap » quand l’un de nous partait en voyage. On n’avait pas la télé, alors on s’amusait comme on pouvait. Les Tintins étaient sexistes et racistes, mais quand même géniaux. On les as lus et relus mille fois, et à chaque fois que je rentre en suisse je les relis. Ils étaient simples, marrants, pas cons, bien dessinés, et on en adorait les insultes. Et Tintin était tellement intelligent et debrouillard! Il avait même compris que le Yeti n’était pas vraiment méchant, en fait, et qu’il avait sauvé Chang de la mort!
Un autre truc qu’on lisait c’était La patrouille des Castors. C’est marrant, quand j’y pense, je voyais ces « jeunes héros » comme des vieux, des adultes, des « grands » quoi, ce que je ne pensais jamais devenir moi-même un jour! Il y avait Poulain, Tapir, Chat, le petit Mouche, et puis mon héros, Faucon, qu’il était intelligent et beau! Comme Tintin, La patrouille des Castors voyageait beaucoup, dans des pays exotiques, et ils sauvaient toujours les gentils et punissaient les méchants.
Et puis on lisait aussi parfois les aventures de Buck Danny, l’aviateur héroïque qui protégeait tellement bien la planète contre les méchants russes et les chinois. Il était si malin, si charmant avec sa petite mèche blonde, et surtout si courageux, celui-là, encore un qui m’a fait rêver! C’est peut-être à cause de lui que j’ai toujours voulu me marier avec un pilote (mais aussi un peu parce que comme ça, j’ai la paix quand il est en voyage…)!
Il y avait aussi Alix, le jeune homme mystérieux qui parcourait des pays et visitait des villes qui n’existent que dans nos livres d’histoire, comme Troie, la Mésopotamie, la Gaule, et Babel. Ces histoires-là étaient glauques et sordides, et je me suis toujours demandée pourquoi mes parents nous laissaient lire ça. J’en ai eu des cauchemards! J’aimais imaginer ces lieux si symboliques et parfois mythiques de l’histoire, et Alix m’a peut-être donné envie de voyager, mais je crois que ça m’a aussi donné une image sinistre des anciennes civilisations.
Enfin, il y avait mon héroïne favorite, la fille que j’aurais voulu avoir, la rebelle, la politicienne, l’humaniste, la détesteuse de soupe, l’amoureuse des Beatles, l’amie de Manolito, Felipe, Susanita et Miguelito, j’ai nommé la célebre Mafalda. Elle était meilleure qu’un livre d’histoire, et bien plus drôle, aussi! C’est pas mes amoureux qui m’ont donné l’amour de l’espagnol, c’est elle, c’est sûr! On ne trouvait pas ses bouquins en Suisse alors on demandait aux amis en France de nous envoyer les nouveaux albums pour Noël.
On n’était pas du genre Barbie, dans la famille, mais plutôt du genre à jamais s’arrêter de bouquiner, et toutes les séries télévisées que les enfants de mon âge regardaient, nous on lisait les bouquins. Et tant d’autres, aussi! Quand je vois que la plupart de mes élèves n’ont jamais lu un seul bouquin de leur vie, je me dit qu’on a eu de la chance, nous quatre, d’avoir eu l’amour de la lecture inscrit dans nos gènes!
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