La « soul food » c’est de la bouffe qui n’est pas nécessairement bonne pour la santé mais qui est bonne pour l’âme. Le chocolat par exemple. Ca fait du bien, ça réconforte, ça redonne un peu le moral, ça réchauffe, ça fait du bien par où ça passe. Et chacun a ses « soul foods » personnels. C’est pas forcément non plus le genre de truc mauvais pour la santé dont on ne peut pas se passer et qu’on se sent coupable de manger. Par exemple, il y a une certaine sorte de soupe micro-onde taïlandaise qui est une « soul food » pour moi: c’est chaud, fait en 2 minutes, épicé, pas trop mauvais pour la santé, ça me remplit mais pas trop, j’ai mes petites traditions de boire le bouillon d’abord, de laisser les pâtes mijoter un peu plus longtemps, de manger en faisant slurp parce que personne regarde, de m’en fiche partout mais c’est pas grave parce que je suis en pyjama, et de faire tout ça en lisant un magazine de fringues qui me font rêver mais que je n’aurai jamais assez de pognon pour m’acheter. Voilà. Après une journée d’enfer, ça, ça me fait un bien fou, ça me relaxe, ça me rechauffe, ça me détend, ça me remplit l’estomac et tout le corps de réconfort et je peux ensuite passer une bonne soirée.

Il y a quelques jours, grâce à Estelle, j’ai découvert une nouvelle « soul food »: le riz au lait. Je crois qu’il y a une bonne raison pour ça: quand j’étais petite, 6 ou 7 ans peut-être, je suis allée à l’hôpital à Paris pendant un moment. Mes parents habitaient à l’époque en dehors de Paris alors ils ne pouvaient pas venir me rendre visite très souvent. Mes grands-parents, par contre, habitaient à Paris, et je me souviens de ma grand-mère m’apportant de la compote de pommes et du riz au lait régulièrement, et c’était tout ce que je voulais manger. Je me rappelle de très peu de choses, mais je revois encore cette table où plusieurs enfants mangeaient ensemble avec quelques infirmières, et un jour, il y avait des petits pots de pudding au chocolat ou quelque chose comme ça pour le dessert. Et moi, bien sûr, fille de paysans (à l’époque) qui cultivaient tout ce qu’ils mangeaient, qui n’avais mangé que du bio toute ma vie, qui avais l’habitude de voir où poussait ce que je mangeais, j’ai refusé de bouffer le pudding au chocolat. Et bien sûr, ça a fait un scandale, et l’infirmière n’arrivait pas à comprendre que je ne veuille pas de son pudding, et tous les enfants adoraient ça, et il faut bien manger pour retrouver une bonne santé, et blah blah blah… mais j’ai tenu bon. L’infirmière a fini par comprendre que je n’allais pas le bouffer, son truc, et elle l’a caché dans une de ses poches parce que c’était interdit de ne pas manger ce qu’on nous donnait.

Estelle, l’autre jour, a mis une recette de riz au lait sur son blog, et j’ai décidé de l’essayer parce que ça avait l’air bon… et en mangeant mes premiers essais pas assez cuits et trop sucrés (je ne me fais jamais de riz d’habitude et ça devait bien faire 15-20 ans que je n’avais plus mangé de ce dessert), j’ai ressenti un bien-être tout nouveau et très agréable, comme si j’étais de nouveau à la maison, comme si un petit bout de moi était redécouvert, comme si mon corps me disait « ah, enfin! » Depuis, je m’en fais souvent, de ce délice. J’ai simplifié la recette jusqu’à trouver exactement le goût que je recherchais du riz de ma grand-mère, et à chaque fois que je suis trop stressée, déprimée, énervée, ou fatiguée, je mange du riz au lait et je me sens mieux. Comme quoi, il en faut parfois peu pour me rendre heureuse :)