Automne 2001, je finis ma thèse de maîtrise et je me prépare pour la suite. Mais quelle suite? Telle est la question. Comme je suis une étudiante professionelle, je me dis que je ne peux faire qu’une seule chose: continuer mes études! Alors je commence à envoyer des dossiers de candidature à plusieurs universités… mais en fait, je ne finis qu’un seul dossier, celui pour Purdue. Pas envie d’aller en Ohio, New York me snob et me demande de repasser le TOEFL alors que ça fait trois ans que je suis prof de TOEFL et quand je le repasse avec 298 (sur 300) je me trouve trop bien pour eux, la Californie c’est pas un bon programe, et le Canada c’est trop compétitif… donc il ne me reste que Purdue. Et je stresse à mort: que ferai-je si Purdue ne m’accepte pas?!

Février 2002, je craque. Je téléphone à Purdue un matin à 7 heures (mais avec le décalage horaire ça marche juste) et je les implore de me dire si j’ai été acceptée. La secrétaire me dit qu’elle vient de mettre la lettre d’acceptance à la poste! Et puis là, la panique: mon Dieu, moi?? faire un doctorat?? mais je suis folle!!! Et d’abord c’est où Purdue?? Ah en Indiana? C’est où l’Indiana??!! Holly cow!!! Que puis-je faire d’autre? Je ne m’en sortirai jamais! Je suis trop nulle! Il faut que je trouve un appartement! Il faut que je pense à mon déménagement! Il faut que je trouve un boulot de prof aussi pour payer mes études! Il faut que je quitte mon boulot que j’adore et mes élèves chéris et mes profs adorés. Je vais quitter l’Utah, après plus de six ans… je commençais à m’y faire… en fait j’étais très bien ici… … ma petite maison était si chouette… …

Avril 2002, je « défends » ma thèse avec succès. J’aime ça, être une star! Et puis je commence à chercher des déménageurs. Avec un peu de chance, je pourrai bosser encore pendant tout l’été, envoyer tous mes cartons et meubles dans un camion deux semaines avant mon départ, et puis quitter l’Utah avec ma voiture le dernier jour du semestre, rouler deux jours, arriver en Indiana dimanche soir, et commencer les cours et le boulot lundi matin. Alors je cherche sur internet: tant de pieds cubes de meubles et de cartons, tant de miles entre l’Utah et l’Indiana, tant de jours, tant d’argent! Je compare, je trifouille, je téléphone un peu partout, et je finis par choisir un déménageur pas trop cher et qui a l’air pas mal. Quand il faut faire un « deposit, » sa machine à carte de crédit ne marche pas mais je peux envoyer un chèque, ouf! Tout va bien, le camion sera là 2 semaines avant la fin du semestre et arrivera en Indiana au même moment que moi. Je pourrai donc quitter mon appartement exactement à la fin du mois de juillet et vivre quelques jours chez des copains jusqu’à la fin du semestre.

Fin juillet 2002, jour-J, j’attends le camion. Mes cartons sont faits, et le camion doit arriver à 10 heures du matin. J’attends. J’attends. Je dois aller bosser et le camion n’est toujours pas là. Je rentre du boulot et le camion n’est toujours pas là. J’essaye d’appeler et personne ne répond, il est trop tard, et le lendemain c’est samedi, personne ne travaille! Je panique. Je dois avoir quitté l’appartment avant mardi. Où est le camion? Où est mon argent? Que vais-je faire de mes affaires si le camion ne vient pas?? J’ai la flemme de défaire mes cartons alors je vais m’acheter un drap et une chemise pour le lendemain… et puis je téléphone à ma soeur qui se lance à la trace du-dit camion… Mauvais week-end!

Lundi matin, verdict numéro 1 de la compagnie de transports: le camion ne pourra pas venir, en fin de compte, et non, il n’y aura pas de remplacement et de toutes les manières on ferme boutique, au revoir madame, ce numéro de téléphone n’existe plus, votre correspondant a mis la clé sous le paillasson! Verdict numéro 2 de la soeur: la compagnie de transport en question est sur la liste des déménageurs malhonnêtes de Floride, quand les gens sont riches ils vont prendre leurs affaires et ne les rendent que si on paye une rançon faramineuse ou bien ils vendent tout simplement les affaires des gens… Quand les gens sont pauvres (comme moi, Dieu merci), ils prennent seulement les chèques de « deposit » et ne se donnent pas le mal d’aller chercher les 3 meubles minables et invendables. Verdict numéro 3: mes très chers élèves, à qui j’ai raconté mon histoire au bord des larmes et un peu stressée, décident de m’aider. Toute la classe arrive chez moi, refait les cartons, nettoye la maison, transporte toutes mes affaires chez une élève qui a une grande maison, y passe la journée et la moitié de la nuit, et le lendemain, l’appart est quitté en bonne et dûe forme avec le proprio!

Première semaine d’août, bilan du désastre: je suis une vraie conne de m’être fait avoir comme ça, il faut que je loue un camion et le conduise moi-même avec mes affaires à travers tous les Etats Unis et avec ma voiture attachée derrière, je dois continuer à bosser jusqu’à la fin du semestre, je dois fermer mon compte en banque avant que la « compagnie de déménagement » lave mon chèque et en ré-écrive un pour des milles et des cents, j’ai perdu de l’argent, du temps, de l’énergie, le camion va être très très cher, et vraiment, je suis une vraie conne! Trouver un camion n’est pas si difficile, et heureusement, ma soeur et ma tata viennent à ma rescousse et on va conduire le camion ensemble. Par contre, conduire un gros camion de déménagement à trois prend plus de temps que de conduire une voiture vide toute seule, et donc je dois quitter mon boulot avant la fin du semestre, payer quelqu’un pour faire passer les examens à mes élèves, les corriger, et calculer les notes finales de mes élèves pour moi. Encore de l’argent perdu! Et beaucoup de stresse!

Epilogue: Que c’était triste de quitter mes élèves en ce mardi après-midi où nous sommes toutes les trois parties dans notre gros camion (rempli bien sûr par ces élèves)! Qu’est-ce qu’on a rigolé dans ce camion pendant quatre longs jours à travers l’Utah, le Wisconsin, le Nebraska, l’Iowa , l’Illinois, et l’Indiana! Que mes élèves, mes amis, ma tata, et ma soeur ont été chouettes de m’aider avec tout ça, sans eux j’aurais bien été dans la merdouille! Qu’il y été bon de recevoir une lettre de ma banque d’Utah, deux mois plus tard, disant qu’après une investigation (que je n’avais même pas demandée!), ils avaient décidé de me rembourser le montant du chèque piqué par la compagnie de déménagement! Qu’il a été difficile de commencer une nouvelle vie, des nouveaux cours, et un nouveau boulot dès le lendemain de mon arrivée en Indiana! Qu’est-ce que j’ai rigolé, en ce premier matin de classe et de boulot, quand ma voiture est tombée en panne et que j’ai dû trouver une nouvelle batterie pour qu’elle reparte! Qu’est-ce que le zona sur mon dos, déclaré quelques jours après mon arrivée en Indiana, a été long et douloureux! Et surtout, qu’est-ce qu’il m’en a fallu du temps pour me pardonner et réussir à mettre cette histoire dans la catégorie des « aventures qui m’ont appris plein de choses, que je ne recommencerai pas de si tôt, qui m’ont quand même permi de passer de très bons moments avec mes élèves, mes amis, ma tata, et ma soeur, et que je ne suis pas prête d’oublier! » Qu’est-ce que la vie rigole, parfois!