mar 26 avr 2005
En ce moment, j’ai besoin d’air, de nouveaux horizons, de nouveaux visages, de nouvelles odeurs, de nouvelles couleurs. Et puis j’ai besoin de faire quelque chose de différent, aussi, quelque chose qui n’a rien à voir avec la linguistique, ou les statistiques, ou les questionnaires, ou les doctorats. Besoin de rêver, en fait, ça fait longtemps que je n’ai pas accompli de rêve et que mes rêves sont enfermés bien profondément, trop loin de mon coeurs pour me blesser, trop loin de ma tête pour y penser, mais toujours trop près de moi pour les oublier.
Quand j’étais jeune, je voulais devenir architecte. Pas comme on veut devenir pompier, hein, mais une vraie architecte, avec le casque sur la tête pour aller visiter les chantiers, ces longs rouleaux de plans biscornus et délicats à la main, et des visions de ponts fantasmagoriques, d’immeubles rocambolesques, et de villes inconcevables. En fait, je voulais devenir architecte civile, parce que les ponts ont toujours été quelque chose de très spécial pour moi, peut-être comme des ponts entre ma réalité et mes rêves, mon enfance oubliée et mon futur entrevu, ma fragilité cachée et ma force extérieure. Les ponts, pour moi, sont plus extraordinaires que des concordes, des voyages sur la lune, la découverte de l’atom, ou le dernier vaccin.
Je n’ai jamais pu résister devant l’histoire d’un pont ou d’une construction faramineuse ou hasardeuse. J’ai raté des cours, des examens, des présentations de conférences pour pouvoir tout apprendre sur les échecs, les embûches, les calculs, les accidents, les périls, et le travail incroyable non seulement de ces architectes audacieux mais aussi des travailleurs téméraires exécutant les plans d’un autre, ceux dont on parle moins mais dont le labeur est la pierre de voûte de tout rêve d’architecte.
Mon rêve d’aujourd’hui, juste devant le viaduct de Millau, c’est Kansai, et le Japon. Le Japon pour sa nourriture que chaque cellule de mon corps réclame à grand cris, et Kansai, parce que c’est un miracle architectural qu’il me tarde de voir. Conçu par celui qui a osé imaginer le Centre Pompidou, cet aéroport est particulier parce qu’il a été construit sur une île créée juste pour lui. Je veux voir le terminal le plus long du monde, les attérissages au bord de l’eau, les souterrains mystérieux, les colonnes qu’il faut agrandir régulièrement pour compenser l’île qui s’enfonce trop vite, les fuites qu’il faut colmater, la construction de la deuxième île, les alertes de tremblements de terre, les typhons, les systèmes de navettes, de bus, et de trains comme on n’en voit qu’au Japon, les créations étranges suspendues au plafond, et mon billet d’avion avec « DTW to KIX » écrit dessus.
Je déteste prendre l’avion. J’ai une hantise des aéroport qui surpasse même celle du céleri en branche et de la réglisse, et c’est pas peu dire! Mais peut-être que d’avoir ce billet d’avion dans les mains changerait ma perspective, me ferait courir dans l’avion, et me permettrait enfin d’aimer être dans un aéroport! Et peut-être que d’emprunter le pont qui relie Kansai à Osaka donnerait enfin une explosion de goûts, de sons, et de couleurs à ma vie, de nouveaux horizons à mon coeur, et des ailes à mes rêves…
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