… on ne fiche pas grand’chose du weekend. On prépare vaguement quelques trucs pour la semaine suivante, on écrit deux ou trois pages de thèse qu’on efface vite tellement c’était pourri, on se fait du riz cantonais un peu raté, on regarde un film un peu nul pour la dixième fois, et on n’arrive même pas à finir trois soduku en entier.

Et puis le dimanche soir, on se dit que quand même, on est déjà en mars et que le temps passe trop vite, que la thèse n’avance pas assez, et qu’on est vraiment trop paraisseuse, et qu’il faut d’urgence se bouger le popotin. Alors on essaye de travailler… de réécrire quelques pages potables, de comprendre des pages et des pages de statistiques, et de penser intelligemment, pour une fois. C’est dur. Mais on se motive en se disant que si on finit de bosser sur une variable, on a le droit de se commender une pizza comme l’autre soir!

Alors on réussit à finir de bosser sur la variable « expected grades » et on téléphone à Domino’s pour se commender une pizza bien chaude et bien grasse. Et on dit bien au type qui délivre à domicile qu’il faut téléphoner depuis l’interphone en bas de l’immeuble pour ouvrir la porte.

Et puis on attend impatiemment sa pizza et quand le téléphone sonne, on répond comme une patate… mais parfois dans la vie, ce n’est pas le délivreur de pizza! Non, pas du tout, même. C’est une gentille madame qui demande très poliment si miss lulu est là et si elle voudrait venir travailler pour eux parce que les cinq membres du committé d’embauche l’aiment beaucoup et ont voté unanimement pour elle.

AAAAAAAHHHHHHHHHH!!!!!!! C’est là qu’il ne faut pas sauter de joie et partir courir un peu partout en rigolant toute seule comme une folle en tremblant de joie et d’exitation mais rester calme et dire « Ah oui? Oh, et qu’est-ce que vous me proposez, alors? » comme si on avait l’habitude de recevoir des coups de téléphones comme ça tous les soirs. Il faut vite réfléchir, trouver sa liste de questions qu’on a failli jeter dix fois (est-ce qu’il y aura un ordinateur dans le bureau, est-ce que les conférences professionelles sont payées, est-ce que le déménagement est pris en charge, etc.) et écouter sagement en prenant des notes pour ne rien oublier alors qu’on tremble d’émotion et qu’on a du mal à penser et à dire des trucs intelligents et que le délivreur de pizza arrive à ce moment-là et qu’il faut interrompre deux fois la conversation avec la madame au téléphone pour ouvrir la porte en bas et puis celle de l’appartement et payer la pizza et puis essayer d’empêcher des chatounes voraces de déchiqueter le carton pour la manger sous mon nez!

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH!!!! Parfois dans la vie on racroche le téléphone et on crie un bon coup et on embrasse mille fois ses chatounes qui sont un peu surprises et on se dit que merde on n’arrivera jamais à finir cette fichue thèse et on va sauter sur son lit en criant c’est pas possible c’est pas possible mais c’est fou c’est pas possible c’est un rêve c’est pas possible!

C’est là qu’on se souvient de la pizza qui est maintenant froide et à moitié bouffée par les chatounes, carton compris… mais ce n’est pas grave, de toutes les manières on a l’estomac tellement noué d’exitation qu’on ne peut plus rien avaler! Et puis il faut écrire 15 emails parce que ça ne se fait pas de téléphoner à sa famille et ses amis à deux heures du matin un dimanche même que vachement c’est dommage, heureusement qu’il y a les blogs pour partager les ragots plus vite et le Carmina Burana à fond dans les oreilles qui chante la fortune et la lune et le petit verre de liqueur de cassis qu’on va aller se servir tout de suite, parce que parfois dans la vie, vraiment, on le mérite!

CHAMPAGNE ET WHISKAS POUR TOUTES ET TOUS!!!!!!!!!!

PS. Le contrat n’est pas signé, encore, et le permis de travail de loin pas encore reçu! Et puis il y a encore quelques entretiens d’embauche en perspective avec d’autres universités… Mais ça fait du bien au moral, tout ça! Y’a d’la joie, bonjour bonjour les hirondelles, y’a d’la joie…