Premier jour d’école pour le dr. lulu! Et mon estomac en était tellement chamboulé que j’ai bien failli arriver en retard, moi qui allait passer la moitié du cours à rabacher à mes chers bambins que s’ils osaient arriver même une minute en retard à mes cours, j’en serais mortellement offensée!

Donc je suis partie de chez moi en retard, et puis j’ai failli trucider le streetcar qui a mis bien longtemps pour arriver, et puis je me suis dit qu’il fallait décidemment aussi trucider la compagnie des transports de Granbled (TTC) parce qu’ils n’ont aucuns sièges où on peut s’asseoir dans leurs stations de métro et de streetcar et qu’avec un cheval mort trois tonnes de bouquins dans mon sac à dos et le bide en compote, c’était vraiment la galère.

Finalement, je ne suis arrivée en classe que 10 minutes avant le début du cours, ce qui, pour moi, est être en retard. Je me suis assise au bureau du professeur (ça me fait toujours bizarre) et j’ai attendu mes élèves en priant pour qu’ils aient tous la brillante idée de choisir un autre cours que le mien parce qu’il y avait 25 élèves inscrits sur ma liste et que c’était 25 élèves de trop! Malheureusement, certains n’avaient pas été inspirés et ils sont arrivés les uns après les autres, tous avec des yeux de merlans frits à la vue de leur prof qui avait une tête de lycéenne anorexique.

Au fur et à mesure que les élèves entraient dans la salle de classe, je leur demandais leurs noms et les langues qu’ils parlaient. Au début, je me suis dit « oh un iranien, c’est original ça, » et puis « tiens, deux iraniens dans la même classe, c’est inhabituel, » et puis « trois iraniens? mais c’est le débarquement de Normandie par ici! » et puis quand j’en étais à huit iraniens, j’ai bien été forcée de me rendre à l’évidence que soit je m’étais trompée de salle de classe et que j’avais atterri dans une mosquée iranienne par erreur, soit j’avais mal lu la description de l’université et je ne m’étais pas rendue compte que tous mes élèves seraient iraniens, soit le ciel m’envoyait un signe comme quoi mon prochain mari serait iranien. Toujours est-il que j’étais bien soulagée en voyant s’asseoir dans ma classe un coréen (c’est bien la première fois que j’étais heureuse de voir un coréen!), un azerbaïdjanais, un hong kongois, un sri lankais, et un irakien.

Moi j’aime pas les premiers jours de classe. On fait des risettes aux élèves, on leur parle de plein de trucs importants et qu’ils oublieront deux minutes plus tard, on leur dit de ne pas dire docteur lulu mais miss lulu parce que ça fait trop sérieux, on leur explique en long et en large comment on va les tortuer mais qu’ils doivent garder le sourire aux lèvres sinon ça va barder, et à la fin de l’heure, tout le monde il est content, tout le monde il se connaît, tout le monde il a tout compris, et on se dit que finalement ça va bien se passer parce qu’avec une prof aussi chouette que ça des élèves aussi chouettes que ça, ça ne peut QUE bien se passer… Et puis il y a le deuxième jour de classe qui arrive et là paf, les douze élèves qui manquaient le premier jour (désolée m’dame, le métro a eu un accident, j’ai pas trouvé le bon building, y’avait une chèvre sur l’autoroute, mon chat a mangé mon réveil) débarquent et il faut TOUT recommencer à zéro et on les aime beaucoup moins, ces nouveaux élèves, ils ne font pas partie du « groupe » et ils cassent l’atmosphère et ils seront jamais bien intégrés, et on regarde les « anciens » élèves avec une petite larme à l’oeil en se disant qu’eux ils étaient bien sympas et qu’on le regrette bien notre petit groupe de 13 élèves à majorité iranienne et que ces nouveaux ils nous fonch’ et que le semestre est foutu!

En tous les cas, saviez-vous qu’en farsi, on peut laisser tomber les pronoms personels comme en espagnol? C’est pour apprendre des trucs comme ça que je suis devenue prof, et avec tous ces élèves iraniens, le farsi n’aura bientôt plus de secrets pour moi. Tout n’est pas perdu…