Je vous explique un peu mon boulot parce que certaines l’ont demandé… Mais pas en détail sinon tout le monde va s’endormir et en plus c’est trop compliqué (mais le bouquin sortira en décembre prochain ;) ).

Je suis, en gros, prof de 1) grammaire, 2) composition, et 3) sociolinguistique. Tout ça pour le prix d’un. Alors c’est le gros foutoire parce qu’on essaye de tout faire en même temps et c’est pas facile. Nos élèves (tous internationaux) sont forcés de prendre ce cours parce qu’ils doivent se préparer à repasser un examen qu’ils ont raté (sinon ils ne seraient pas dans nos classes) et donc ils sont de mauvaise humeur.

Ce que je trouve anti-pédagogique en particulier (en plus du reste qui est un merdier total mais franchement, pardonnez-moi de résumer), c’est de tout enseigner et tout tester à la fois. On a trois « textbooks » (livres de classe) mais aux tests, on pose des questions sur les trucs de sociolinguistique tout en disant aussi aux élèves que leur grammaire et leur organisation compte. C’est effectivement comme ça qu’ils seront testés à la fin, mais s’ils ont raté l’examen, c’est justement parce qu’ils ne savent pas le faire correctement. Et la méthode scientifique de trouver où se trouve un problème c’est de tester un truc à la fois, pas tout à la fois. D’abord la grammaire, par exemple, et si il y a des problèmes de grammaire on se concentre sur la grammaire jusqu’à ce que ce ne soit plus un problème. Si la grammaire n’est pas un problème, on travaille sur l’organisation des textes, et on ne fait que ça jusqu’à ce que les élèves soient au point à ce niveau. Et ainsi de suite. (Par exemple, les élèves étrangers ont beaucoup de mal à développer et organiser leurs idées dans un texte parce qu’ils sont obsédés par les erreurs de grammaire. Il faut donc leur donner la chance d’écrire beaucoup et souvent en ce concentrant sur le développement des idées et sans que leur grammaire compte.) Or, pour le moment, aucune méthode « scientifique » n’est appliquée pour découvrir et « soigner » les problèmes particuliers des élèves.

Un autre truc que je trouve anti-pédagogique c’est la façon dont on doit traiter les élèves. Nos cours acceptent peu d’élèves (maximum 25 par classe) parce qu’on essaye de donner de l’attention à chaque élève en particulier. Cela veut dire, en même temps, que nos cours ne sont pas le genre de cours typiques de l’université (avec 200 élèves ou plus par classe) où il suffit de lire les bouquins et les notes des profs pour réussir les examens. Non, dans ma classe, c’est l’interaction qui est importante, les discussions, les questions, et le travail en petits groupes, parce que je base et réévalue ce que j’enseigne, au jour le jour, sur les besoins des élèves qui sont « révélés » par ce genre de travail quotidien. Mais d’après l’administration, les étudiants sont des adultes et on ne peut pas les forcer à venir en classe et on ne peut donc pas dire aux étudiants que leur participation est importante et qu’ils auront une moins bonne note à la fin de l’année s’ils courbent (un p’tit suisse pour vous ;) ) leurs cours. En même temps, et c’est là que je trouve l’hypocrisie criante, on ne peut pratiquement jamais donner de devoirs aux élèves et on perd un temps incroyable à faire les devoirs en classe (!) parce qu’on a peur que les élèves trichent. Donc par exemple on ne peut pas leur donner un exercice de grammaire à faire à la maison parce qu’ils risquent de demander à leurs copains de le faire pour eux. Or, s’ils étaient vraiment des adultes, on leur laisserait le choix de tricher ou pas comme on leur laisse le choix de venir en classe on pas. Non? Et on arrêtrait de perdre un temps fou pour se concentrer plutôt sur des choses importantes dont les élèves qui ne trichent pas bénéficieraient et puis voilà!

Encore un truc nul? Le bouquin de sociolinguistique qu’on utilise est un bouquin british. Tous les exemples viennent d’Angleterre, et franchement, ça craint! Alors qu’on essaye de parler de language et de société (immigration, sexisme, ethnicité, age, classes, dialects, etc.), on n’est même pas fichus de parler de la société canadienne! Et en plus, on a même pas le doit de dire le mot « sociolinguistique » sinon le chef du département de sociologie gueule parce que d’après lui, la sociolinguistique n’a rien à voir avec la sociologie. Alors il faut trouver un nouveau nom à une section importante de la linguistique connue du monde entier sous le nom de sociolinguistique simplement parce que monsieur Untel l’a dit et qu’on ne peut pas le froisser! (Ce qui n’a pas grand’chose à voir avec mon cours je l’admets, sauf qu’il y a des milliers de petits trucs ridicules comme ça qui m’énervent tous les jours).

Bref. Il faut que je m’arrête ici (parce que je m’énerve très vite et je pourrais encore écrire des pages et des pages là-dessus). Mais j’espère que ce petit apperçu d’une partie de mon travail répond aux questions posées hier et vous donne une meilleure idée de ce que je fais et de pourquoi je veux changer certains trucs.

Dites-moi ce que vous en pensez… mais ne m’en veuillez pas si je ne vous réponds pas tout de suite parce que yé souis partie sous le soleil de Mexicooooo! Au son des rythmes tropicooooooox! (et je ne vous dirai où que demain, na na nère!) :D