Un jour, il y a très longtemps, j’ai reçu un de ces dépliants publicitaires dans ma boîte aux lettres, du genre de ceux qu’on regarde à peine avant de les jeter à la poubelle avec un soupir et qui proposent des vacances de rêves aux Bahamas ou une croisière palpitante à Mexico, et qu’on ne sait jamais si c’est pas un attrappe-couillon mais on s’en fiche un peu finalement parce que de toutes les manières, on n’a ni trois semaines à perdre ni l’argent pour se l’offrir!

Et pour une raison inconnue, ce jour-là j’ai décidé de me l’offrir, ce petit séjour « artistique » de trois semaines en Californie, à Santa Cruz, précisemment, au début de l’été 1998. Je ne sais plus comment j’ai réussi à payer le billet d’avion, l’inscription aux cours (modelage, sculpture sur bois, peinture, et « creative writing »), la location de la voiture (pendant trois semaines!), et la location d’une chambre « chez l’habitant, » mais j’y suis allée, comme ça, juste pour voir, et pour changer de vie pendant quelques semaines.

C’est ce post qui a fait soudainement revenir tous mes souvenir dans ma petite tête… trois souvenirs d’aventures californiennes très uniques en leur genre, pendant lesquelles j’ai pu penser à ma vie « depuis l’extérieur » puisque je n’étais pas chez moi mais avec des gens que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, que je ne devais pas bosser pour mon chef ni suivre des classes à l’université (en Utah, à l’époque), et c’était effrayant, agréable, marrant, sympa, difficile, et douloureux. J’ai pu bronzer en paix réfléchir de longues heures à ma vie et décider que je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie mais qu’au moins, je savais ce que je ne voulais PAS en faire. Ce soir, j’ai relu le journal que j’ai écrit là-bas. Je vous en mets quelques extraits.

Ah les nuages de Californie! C’est quan’même mieux que les nuage d’Utah, non? Ici, tout est aussi abnormalement vert qu’en Utah, due aux abnornales quantités d’eau tombées ce printemps. C’est tout la faute d’El Nino, bien sûr!

Je suis arrivée hier, comme une fleur, dans ma jolie voiture de location (Chevy Prism) un peu grande pour moi mais je me suis assise sur un pull et ma serviette de bain et ça allait mieux. La maison où je suis est très sympa, grande, avec un super jardin et un gentil chat, des locataires qui vont et qui viennent, une mère française, et j’ai ma propre chambre mais je partage ma salle-de-bain…

Aujourd’hui, je suis allée faire un tour de la ville, repairer l’école, tourner autour du magnifique campus de UCSC et me perdre un peu… la ville paraît assez jolie et riche, avec des points de vue magnifiques sur le port et la mer, des jolies maisons, et il faut compter 25 minutes pour aller à l’école depuis chez moi. Demain, les cours commencent et j’ai très peur!

… Les cours se passent plutôt bien et je commence à devenir amie avec une jeune femme très sympathique, Erika, avec qui je rigole pas mal parce qu’elle est dans les mêmes classes que moi. Aujourd’hui, en modelage on a fait dans le « negative space, » en « creative writing » on a fait dans le « concret, » et en peinture on a fait dans le moche.

… Ce matin a été le pire de ma vie! Je me suis réveillée et tout de suite, le pire male de ventre de ma vie a commencé. Attroce, à hurler, à part que j’étais dans une maison inconnue et entourée d’étrangers. Je me tordais de douleurs dans ma chambre… et bien sûr, Shannon, ma voisine, m’a entendue et est venue dans ma chambre– où j’étais recroquevillée, la tête dans le duvet, en train de mourir! Elle a commencé à me masser le dos et à me parler et me faire rire, et au bout de 15 minutes, ça allait un peu mieux. J’ai finalement réussi à aller en cours avec seulement 30 minutes de retard. Le modelage m’a fait du bien, que j’ai pu pétrir ma rage et ma haine, et le cours de « writing » m’a ennuyé, comme d’habitude. En peinture, tout le monde m’a félicité pour ma magnifique première peinture, ce qui ne m’a pas empêché de la jeter à la poubelle à la fin du cours.

… J’aime bien mon cours de sculpture sur bois, le prof est sympa et marrant, et puis on fait une CUILLERE, pas une freaking « figure calme » ou un « inner-outer space » mais une simple cuillère, simple, facile, et utile! Et puis au lieu de « râper » ma cuillère comme les autres élèves, je la taille à la gouge, c’est meilleur pour mon mal de crâne. En modelage, ce matin, le prof a dit que mes trucs étaient trop torturés et pas assez simples, et je lui ai répliqué que les trucs simples me mettaient mal à l’aise, et on a bien rigolé et on s’est bien engueulé, et les autres élèves ont aussi bien rigolé! Ce que j’ai fait aujourd’hui était quand’même pas mal, enfin, d’après moi…

Aujourd’hui, je suis allée chez Avis pour me pleindre que ma radio ne marchait pas, et ils m’ont tout simplement remplacé la voiture et donné la même exactement mais en mauvre. Cool! Et puis je me suis un peu balladée pendant le week-end à San Francisco et jusqu’à Sanoma… c’était tellement beau et chouette comme week-end que j’avais du mal à croire que tout ça était réel!

Aujourd’hui, en sculpture sur bois, j’ai décidé de faire une fourchette alors que tous les autres élèves doivent faire un bol mais je trouvais mieux d’avoir un service à salade. Alors j’ai commencé ma fourchette qui est vachement moche, mais ça aurait pu aller si en plus je ne l’avais pas cassée… alors on a mis de la colle… Après le cours, je suis allée acheter du pain et du pâté et des légumes et j’ai voulu faire un taboulé, mais il manquait quelque chose mais je ne savais pas quoi… comme dans mes relations avec les hommes: il y a tout ce qu’il faut mais ça reste toujours un peu sec…

Bon, ce matin, je suis allée finir mes 5 métamorphoses râtées en modelage, et commencer un nouveau truc que j’essaye de ne pas coller au sol. J’ai dit au prof que j’allais m’inscrire à son école de sculpture (programme de 3 ans!) et il m’a dit qu’il me fournirait gratuitement des grandes bassines pour y laisser couler mes larmes. Ce soir, à la maison, on a préparé un repas et on a regardé la coupe du monde– les français sont en finale!

Au cours de « creative writing, » je me suis bien disputée avec la prof, parce que ça m’a énervé de ne rien faire depuis trois semaines, et je ne comprenais jamais ce qu’elle voulait, et je ne supportais pas le style mélo et « sappy »– la jeune fille au cheveux blonds sur la plage au levé du soleil, les vagues légères sur les chevilles… et pas un seul foutu requin ne peut la bouffer ni un gangster la tuer, ni elle se tuer… un ange apparaît, peut-être… aaaggghhh!

Ahaha, que ça me fait rire de relire tout ça! Et après je râle parce que mes élèves sont casse-pieds, mais qu’est-ce que j’ai été une emmerdeuse, moi, comme élève!!